Jacques MarionJe suis invité à parler dans cette conférence parce que j’ai passé près de 9 années en RDC. Je l’ai quitté fin 1997, après le changement de régime. Je pensais que le pays traverserait encore beaucoup d’épreuves pour se relever, mais jamais je n’aurais imaginé toutes les souffrances qui allaient s’abattre sur lui dans les années à venir, avec la guerre et toutes ses conséquences. J’ai toujours gardé une impression profonde de mon expérience au Congo, et des pays voisins que j’ai souvent visités.

La FPU est active au Congo depuis de nombreuses années, et puisqu’elle n’a pas pu envoyer de représentant à cette conférence, j’ai demandé à mon collègue de la FPU-RDC, Mr. Futila Di Mayeko, de m’envoyer quelques réflexions  que je vais brièvement partager avec vous, avant d’ajouter de brèves remarques personnelles.

D’après lui : cette conférence arrive à un point significatif de l'évolution de la situation de conflit au Congo du fait que :

1. dans les domaines militaire et diplomatique, l'armée congolaise reprend le dessus vis à vis des groupes armés qu’elle combat ; un rajeunissement de l'armée est en cours, grâce au recrutement de jeunes intellectuels qui sont actuellement en formation ; et les succès militaires actuels donnent plus de poids à la diplomatie du Congo par rapport à ses voisins de l’Est.

2. Dans le domaine des finances, le pays est en train de se reconstruire financièrement en contrôlant l'inflation, et en stabilisant le taux de change par rapport au dollar.

3. Dans le domaine de l'éducation, le pays vient de lancer au début 2014 un programme annuel de construction de 1000 écoles à travers le territoire national, avec ses propres finances.

4. Dans le domaine des infrastructures, le pays se lance dans un ambitieux programme de reconstruction de ses routes urbaines et agricoles. Par ailleurs, avec ses propres finances, le pays est en train de rééquiper ses hôpitaux sous la supervision de l'O.M.S.

Ainsi la RDC croit-elle en la possibilité d’une paix durable, qui sera conditionnée bien sûr par son développement et la réconciliation de ses populations.

Afin de soutenir cet effort, la FPU s'est lancée dans une vaste campagne d'éducation pour encourager les cadres du pays à s'engager dans les activités de paix et de réconciliation.

-         Elle a organisé une conférence importante en novembre 2013 à Kinshasa sur le thème « Les  Conflits en RD Congo : un défi pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement », dans laquelle un représentant du ministère du plan a fait un rapport sur ces 8 objectifs de développement définis par l’ONU pour les quinze premières années du millénaire. Il a expliqué que des progrès certains ont été obtenus pour deux d’entre eux : la question de l’éducation (progrès de la scolarisation) et la question de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. En revanche, pour les questions de réduction de la pauvreté, de la malnutrition, de la mortalité infantile de la lutte contre le SIDA ou le paludisme, de l’accès à l’eau potable, etc. la situation n’est pas encore très encourageante (justement en partie dû aux conflits qui ont affecté le pays pendant cette période).

-         Et au mois d’avril cette année, dans le cadre de cet effort d’éducation, la FPU a entrepris une tournée de conférences à Goma et Bukavu (à l’est du pays) sur le thème « Vivre Ensemble : Le meilleur processus de consolidation de la paix et la sécurité en RD Congo ».

Comment donc favoriser ce processus de consolidation de la paix? A la sensibilisation des cadres dont parle mon collègue, ou à des conférences comme celles d’aujourd’hui, je voudrais brièvement ajouter quelques ressources que la FPU, par son expérience, peut apporter pour mobiliser la société civile.

Tout d’abord, la présence d’ambassadeurs de paix dans pratiquement chaque pays, munis souvent d’une longue expérience et de relations importantes dans les domaines politique, religieux, académique, ou associatif, peut permettre un dialogue significatif entre les parties en conflit. Par exemple les ambassadeurs de paix des deux Congo ont organisé une réunion de concertation le 10 mai cette année, et signé des recommandations communes aux autorités, lorsque la diaspora du Congo-Kinshasa s’est fait massivement expulser du Congo-Brazzaville.

Je voudrais mettre particulièrement l’accent sur le dialogue et la coopération interreligieuse.

Dans la mesure où les religions sont porteuses des valeurs essentielles pour la paix et la réconciliation, il est important, qu’elles puissent s’engager dans un dialogue interconfessionnel pour l’intérêt supérieur de la nation, ou de la région. Personne en effet n’a plus d’influence sur les populations que les responsables religieux, et c’est donc eux qui devraient être au premier plan dans les activités de réconciliation.

Lors de mon séjour au Congo, j’ai fait l’expérience de l’importance de la religion dans la vie des habitants, que ce soit les trois grandes églises chrétiennes (catholique, protestante et kimbanguiste) ou les nombreuses petites églises indépendantes, ou bien sûr l’Islam qui a une présence plus grande à l’est du pays.

Il me semble donc qu’un élément important d’une stratégie de réconciliation, aussi bien à l’intérieur de la nation congolaise qu’avec les nations voisines, serait d’engager les responsables religieux. C’est en tout cas une des activés que la FPU a toujours mis au premier plan et s’est efforcée de soutenir.

Un autre aspect du travail de la FPU peut être des programmes éducatifs de développement de la personnalité, d’affermissement de la famille, et autres aspects d’une « éducation pour la paix » – fondamentaux lorsqu’on parle de paix durable. Dans les années 1990, lorsque nous travaillions dans l’ancienne URSS, nous avions développé une série de cours à l’intention des adolescents dans les écoles, qui eurent un large succès, en partie dû au fait qu’ils abordaient des questions de développement personnel sous l’angle des valeurs morales enseignées par les diverses religions qui étaient présentes en URSS. Ce projet a donné lieu à différents publications qui sont utilisées aujourd’hui et adaptées localement dans des programmes de formation par des enseignants dans les écoles ou diverses associations de par le monde.

Il y a une série de programmes qui ont prouvé leur efficacité et touché de nombreux jeunes comme celui du Religious Youth Service (RYS) (Service des jeunes religieux), qui rassemblent des jeunes d’origines religieuses ou ethniques diverses, autour d’un projet de service humanitaire, qui dure plusieurs jours, et qui permet des expériences de partage et d’ouverture grâce au travail en commun, mais aussi une éducation interculturelle ou interreligieuse à travers des conférences, des visites de sites, etc.

Une autre activité que la FPU a organisée souvent avec succès, est celle du « football pour la paix », où des matches de foot sont organisés entre jeunes d’origines diverses, et où le programme sportif peut être combiné à des activités de service volontaire, orientant la passion sportive des jeunes participants vers une plus grande tolérance et ouverture aux autres.

Je ne parlerai pas des activités de la Fédération de Femmes pour la Paix dans Monde en RDC, qui a été active dans beaucoup de domaines, notamment dans l’éducation à la prévention du Sida dans les écoles.

Ce sont donc là des ressources que la Fédération pour la paix universelle a développées au cours des années et qui sont employées avec un certain succès pour susciter le dialogue et la  réconciliation et favoriser un changement des mentalités.

Certes, ce ne sont pas des activités propres à un pays en guerre, ou l’urgence de la situation et la souffrance extrême rendraient de tels projets dérisoires. Mais ce sont des outils importants pour guérir une société malade de ses conflits, qui doivent bien sûr être adaptés à chaque pays dans leur forme, leur taille ou leur contenu. Ils émanent d’une philosophie selon laquelle la résolution des conflits ne peut venir qu’à travers un effort des deux parties de se rencontrer et créer des liens centrés sur un but plus élevé.

Le Congo Démocratique est un pays riche, on le répète toujours, en insistant surtout sur ses ressources naturelles, et sur le fait qu’elles ont souvent été exploitées contre sa volonté. Mais dans les quelques années où j’y ai vécu, j’ai vu aussi que le Congo était riche, talentueux, et plein d’énergie, de par sa culture et par l’esprit des Congolais.

J’espère de tout cœur que ces signes de progrès, si petits soient-ils, annoncent une nouvelle ère de développement et de paix durables. Et que toutes ces richesses du Congo, tant matérielles qu’humaines ou spirituelles, pourront rapidement contribuer à la prospérité de toute la région, et bien sûr au-delà.

Je vous remercie.

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